Monday, January 23, 2023

9. Union européenne - Intervention de M. Charles Michel, Président du Conseil européen, à l'issue de sa rencontre avec M. Volodymyr Zelensky, Président de l'Ukraine - Communiqué de presse du Conseil de l'Union européenne (Kiev, 19/01/2023)

 9. Union européenne - Intervention de M. Charles Michel, Président du Conseil européen, à l'issue de sa rencontre avec M. Volodymyr Zelensky, Président de l'Ukraine - Communiqué de presse du Conseil de l'Union européenne (Kiev, 19/01/2023)

=Seul le prononcé fait foi=

Merci beaucoup, Monsieur le Président, cher Volodymyr. Je suis naturellement extrêmement ému d'être une fois encore présent sur le sol ukrainien, d'être une fois encore en contact direct avec toi, et très touché par la marque de confiance que tu m'adresses en ce jour. Et je mesure bien tout ce que cela représente sur le plan symbolique, mais aussi sur le plan de l'amitié sans faille qui nous rassemble, qui nous unit et qui unit l'Ukraine, le peuple ukrainien et l'Union européenne. Et je suis aussi touché d'être ici dans ce moment, parce que je n'oublierai jamais les quelques heures qui ont suivi cette tentative d'invasion générale de l'Ukraine par la Russie. Tu t'en souviens sans doute, nous nous sommes immédiatement parlé au téléphone. Tu m'as informé que vous faisiez face à une agression totale, générale, sur l'ensemble du territoire ukrainien et quelques heures plus tard, tu prenais la parole de manière virtuelle devant les 27 chefs d'Etat ou de gouvernement européens.

Cela fera bientôt un an qu'il y a eu cette première prise de parole et je dois te dire que j'ai été personnellement très touché par tes mots, par le message que tu as adressé. L'ensemble des collègues européens ont été extrêmement touchés, impressionnés à la fois par ton courage, ta force, ton sang-froid, ta détermination et je voudrais te dire que dans cette réunion du Conseil européen, il y a à peu près un an maintenant, c'était le 24 février dernier, il y a eu immédiatement, sur le champ, la compréhension que bien sûr, il y avait une attaque ignoble, immonde qui était menée par la Russie contre le peuple ukrainien.

Mais qu'au-delà de cette attaque, de cette guerre qui était déclenchée, il y avait aussi en réalité une attaque contre les valeurs, les principes de la démocratie européenne, les principes de dignité et de liberté. En réalité, il y avait une attaque contre ce qui fonde ce projet de l'Union européenne porté par les pères fondateurs après la Deuxième Guerre mondiale. Cette promesse de paix, cette promesse de prospérité, ce rêve européen, en quelque sorte, il était massacré, brutalisé par l'action entreprise par la Russie. C'est de cela dont il s'agit. Et c'est pour cela que, immédiatement, l'Union européenne a souhaité agir sur deux fronts. D'une part, en mobilisant un soutien maximum, je vais y revenir, pour l'Ukraine, et d'autre part en sanctionnant fermement, afin de tenter autant que possible d'enrayer la machine de guerre du Kremlin. C'est ça la stratégie tenace et constante de l'Union européenne. Et c'est parce que nous avons eu l'occasion de manière constante, toi et moi, nos équipes respectives, les Etats membres, les leaders politiques à tous les niveaux, d'être engagés, que nous avons pu chaque fois tenter, du mieux possible, peut-être pas de manière parfaite, mais du mieux possible, compte tenu des réalités, de pouvoir déployer le soutien qui était le plus adapté, le plus nécessaire et le plus utile. Et nous souhaitons aujourd'hui continuer à renforcer les efforts, à renforcer les capacités.

En termes de soutien, bien sûr, un soutien financier est nécessaire. Durant les derniers mois, vous le savez bien, nous avons, à un rythme régulier, mobilisé de l'aide macro-financière et tiré des leçons en décidant formellement, il y a quelques semaines au Conseil européen, de mettre en oeuvre un paquet prévisible, garanti, d'aide budgétaire de 18 milliards d'euros en 2023, afin de soutenir l'Ukraine qui se tient droite dans ces moments difficiles.

Deuxième élément : quand nous avons mis en place très rapidement les lignes de solidarité pour faciliter les exportations dès lors que la mer Noire a été transformée par la Russie en zone de guerre, il a fallu trouver des alternatives en complément de l'initiative des Nations unies. C'est ce qui a été fait immédiatement avec cette ligne de solidarité pour permettre d'exporter plus de 40 millions de tonnes de marchandises, dont 23 millions de tonnes de produits agricoles, pour amener des ressources financières en Ukraine, mais aussi pour apporter des réponses à la crise alimentaire qui menace le monde à cause de cette décision brutale et absolument inqualifiable et injustifiable de la Russie.

Troisième élément : nous avons très rapidement décidé, en quelques heures en réalité, parce que nous avons entendu le message que tu nous as adressé, de livrer des armes depuis l'Union européenne vers l'Ukraine. C'est une première dans l'histoire de l'Union européenne. Pour la première fois, dans les jours qui ont suivi le déclenchement de cette invasion, des armes létales ont été livrées. Continuons ! Nous devons faire plus encore. C'est la raison pour laquelle nous entendons bien le message qui est lancé : des systèmes de défense antiaérienne, des systèmes d'artillerie, des munitions. Et je l'ai dit solennellement au Parlement européen hier : je pense que des chars doivent pouvoir être livrés. Je répète cet appel que j'ai lancé au Parlement européen hier : nous voulons vous soutenir parce que nous mesurons bien que le moment devant nous, ces quelques semaines, est peut être décisif pour la suite, et c'est la raison pour laquelle c'est maintenant que ces décisions sont nécessaires.

Enfin, l'Union européenne mobilise pour la première fois des capacités sans précédent en termes d'entraînement militaire, puisque les mesures européennes vont permettre et permettent déjà d'entraîner, de préparer, de former 15.000 soldats ukrainiens. Vous voyez : support militaire, support financier, support humanitaire pour les réfugiés ukrainiens, principalement des femmes et des enfants qui ont rejoint le sol de l'Union européenne et pour lesquels nous voulons garantir protection et refuge. Et puis, point important, le support politique. Et le support politique, ce sont deux choses : bien sûr, je vais y revenir, le soutien envers les pays tiers, ceux qui n'ont pas spontanément été convaincus du choix qu'il fallait faire et la mobilisation pour convaincre le monde qu'il faut isoler la Russie, qui viole de manière brutale et flagrante la Charte des Nations unies, le principe de souveraineté, le principe de l'intégrité territoriale. Mais le soutien, c'est aussi un acte qui est plus fort encore et qui résulte de votre choix, de votre choix de peuple libre et souverain de formuler cette demande d'adhésion à l'Union européenne. Cette demande d'adhésion qui s'inscrit, je le crois, dans l'esprit de cette révolution de Maïdan qui a été le choix libre et souverain de l'Ukraine de se tourner vers la démocratie, vers la liberté et vers l'Union européenne. Et donc je suis fier que, il y a quelques mois, nous ayons réussi à convaincre d'accorder à l'Ukraine ce statut de candidat à l'Union européenne et je suis absolument déterminé à continuer à travailler étroitement avec toi, Volodymyr, avec l'ensemble de tes équipes et avec les partenaires de l'Union européenne pour faire avancer ce processus. Nous avons chacun notre part du travail à réaliser pour faire progresser aussi vite que possible ce processus. Nous comptons sur une prochaine étape, très bientôt au printemps, qui sera le rapport que la Commission européenne établira, elle l'a annoncé, en lien avec ce processus d'adhésion.

Nous aurons aussi l'occasion dans quelques jours, dans le cadre du sommet institutionnel entre l'Union européenne et l'Ukraine, de faire le point sur l'ensemble des domaines dans lesquels nous sommes mobilisés afin d'accentuer le soutien de l'Europe, pour qu'il soit plus rapide, plus efficace, plus effectif et plus en lien avec les besoins légitimes à court terme et à moyen terme de l'Ukraine.

Pour terminer, il y a une autre manière de soutenir l'Ukraine : c'est de faire preuve d'une grande fermeté sur ces principes du droit international et cette idée que l'on doit rendre des comptes, cette idée que la justice doit passer. C'est le sens du travail qui est mené dans les enceintes internationales et avec vous pour faire en sorte que l'on puisse collecter des éléments de preuve, pour que l'on puisse mobiliser les structures juridiques afin que, le moment venu, la justice puisse être rendue. C'est dans ce même esprit que les décisions sont prises en termes de gels des avoirs de celles et ceux qui sont sanctionnés en Russie. Gels des avoirs, je le répète encore une fois, qui, je l'espère et j'y crois profondément, pourront servir à la reconstruction de l'Ukraine. Il n'est que justice que ces gels des avoirs aient une utilité pour donner un avenir au peuple ukrainien et à la reconstruction du peuple ukrainien. Là aussi, le Conseil européen travaille pour rendre possible cette capacité de mobiliser ces 300 milliards d'euros gelés, rien que pour l'Union européenne.

Et puis, nous avons encore eu l'occasion aujourd'hui, et je t'en remercie, de pouvoir, dans le détail, et je pense, dans le cadre d'une confiance mutuelle aussi, parler de ta proposition, de ton initiative pour la paix, cette initiative que tu as proposée dans le cadre du G20 à Bali, et pour laquelle tu peux compter sur l'Union européenne. Nous soutenons cette initiative, nous avons eu l'occasion de le dire déjà dans les conclusions du Conseil européen il y a quelques semaines. Nous allons continuer à travailler avec toi et avec le reste du monde parce que nous mesurons bien que, au-delà de la nécessité de se mobiliser comme vous le faites sur le plan militaire, il y a la nécessité aussi d'engager ce processus afin que l'on puisse aller vers la paix, vers la stabilité, vers la sécurité que nous voulons chacune et chacun.

Et puis je termine en vous disant ceci : je suis touché par cette reconnaissance, cette amitié que tu me témoignes. Je me tiens devant toi et devant vous, avec la vice-Première ministre Olha [Stefanishyna], qui était avec moi la première fois que je me suis rendu en Ukraine après le déclenchement de cette invasion. J'avais eu l'occasion de me rendre trois fois en Ukraine l'année précédente et nous étions ensemble, tu t'en souviendras certainement, à Borodyanka. J'ai vu de mes yeux la destruction, l'horreur et la tragédie. Nous avons rencontré un petit garçon ukrainien, un petit garçon de dix ans qui, avec calme - et j'en parle avec émotion et avec un frisson - nous a expliqué ce qui a été pour lui l'horreur de cette occupation par les Russes. Il nous a expliqué comment sa grand-mère, avec courage, s'est levée contre les soldats russes qui étaient menaçants. Et je pense qu'aucun enfant dans le monde, nulle part en Ukraine, nulle part dans le monde, ne devrait être confronté à cela. C'est ça, la promesse européenne, c'est ça la paix, c'est ça la sécurité, c'est ça la prospérité. Tu peux compter sur l'Union européenne, notre détermination est sans faille, notre main ne tremblera pas, nous sommes déterminés à être à vos côtés aussi longtemps qu'il sera nécessaire dans le cadre de cet enjeu, de cette promesse. Ce sont ces rêves que nous partageons et que nous avons en commun./.

(Source : site Internet du Conseil de l'Union européenne)

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