Tuesday, October 25, 2022

4. Union européenne - Intervention de M. Charles Michel,, à l'issue de la deuxième session de travail du Conseil européen - Communiqué de presse du Conseil de l'Union européenne (Bruxelles, 21/10/2022)

 


4. Union européenne - Intervention de M. Charles Michel, Président du Conseil européen, à l'issue de la deuxième session de travail du Conseil européen - Communiqué de presse du Conseil de l'Union européenne (Bruxelles, 21/10/2022)

=Seul le prononcé fait foi=

Nous venons de clôturer le Conseil européen, qui a été extrêmement fructueux. On a eu l'occasion ensemble, avec Ursula, pendant la nuit après notre réunion, de communiquer sur l'accord qui a été conclu sur le terrain de l'énergie, accord extrêmement important, avec un effet immédiat puisqu'on a pu constater, dans les dernières heures, une baisse significative des prix - ce qui montre qu'agir dans l'unité, agir en Européens, a un impact. Bien sûr, nous allons rester mobilisés pour mettre en oeuvre, au départ du Conseil des ministres de l'Union européenne, avec la Commission européenne, les différentes mesures nécessaires pour montrer la crédibilité, la force et la puissance de l'Union européenne afin de protéger les citoyens européens.

Ce matin, nous avions deux sujets extrêmement importants à l'ordre du jour. D'une part, un débat stratégique sur notre relation avec la Chine, ainsi que la prise en considération d'autres sujets d'affaires étrangères. Et puis d'autre part, une fois encore, naturellement, nous avons abordé la manière dont on continue à se déployer pour soutenir l'Ukraine et pour mettre en oeuvre les mesures dont on dispose, afin de faire pression sur le Kremlin. S'agissant de la Chine, quelques éléments pour tenter de résumer ce débat qui a duré plus de trois heures. Le but n'était pas d'avoir des conclusions écrites, le but était véritablement d'avoir un échange stratégique en préparation au prochain grand rendez-vous que nous aurons, notamment la réunion avec les pays de l'ASEAN qui aura lieu à Bruxelles au mois de décembre.

Premier élément, il y a un constat que nous dressons: le logiciel du système politique et institutionnel chinois n'est pas le même logiciel que celui que nous avons sur le plan de l'Union européenne. C'est un constat objectif. Nous considérons, parce que nous sommes des démocraties, qu'un élément central et fondamental touche directement aux droits personnels, aux droits humains, aux libertés, là où, dans le modèle chinois, le point de départ, le logiciel, tend à considérer que l'Etat, et peut-être même davantage encore le parti, est le critère déterminant. On voit donc bien qu'il y a un logiciel qui est très différent en termes de système institutionnel, politique, en termes de système économique également. C'est un constat objectif, neutre, que calmement nous devons dresser, et que nous avons tous partagé.

Deuxième élément, cela étant dit, quels sont les différents leviers ?

Premièrement, nous allons toujours être fermes et debout pour défendre nos principes, auxquels nous croyons profondément: la démocratie et les libertés fondamentales.

Deuxièmement, nous pensons que nous devons être engagés pour amener davantage de réciprocité, davantage de rééquilibrage, singulièrement dans les relations économiques entre la Chine et l'Union européenne. C'est un travail que nous devons mener dans tous les sujets et nous allons être déterminés à progresser sur ce sujet-là.

Et troisièmement, nous pensons aussi qu'il faut pouvoir s'engager avec la Chine, sur des sujets globaux : le changement climatique, la santé sont des exemples évidents qui montrent que sur ces sujets-là, nous souhaitons nous engager avec la Chine. C'est donc un débat qui a montré une volonté très claire de ne pas être naïf, mais de ne pas être non plus dans une logique de confrontation systématique. Nous avons notre propre modèle à développer, à construire dans cette relation avec la Chine.

Il y a surtout un constat que je voudrais partager avec vous et qui, du reste, correspond à la manière dont le programme du Conseil européen est organisé depuis quelque temps maintenant. Il y a une conviction très forte, très consensuelle, très convergente, qui a été exprimée par l'ensemble des 27 leaders européens, de l'importance de développer réellement cette autonomie stratégique, cette capacité d'être moins dépendants d'un point de vue stratégique, d'avoir davantage d'indépendance sur le plan stratégique, mais également, pour cela, de renforcer et de diversifier nos partenariats avec le reste du monde. Et c'est pour cette raison-là qu'il y a quelques mois, nous avons tenu ce sommet avec l'Union africaine au mois de février à Bruxelles, qui a été l'occasion de construire les fondamentaux pour une nouvelle relation d'intérêt mutuel dans un partenariat d'égal à égal avec l'Afrique. Importance soulignée par beaucoup de leaders de tenir nos promesses. Nous promettons ; il est important, quand on promet, de ne pas semer de la désillusion. Il est important d'être crédible, et c'est en cela qu'il y a une grande attente du Conseil européen pour évaluer régulièrement les promesses que nous faisons, leur mise en oeuvre et certainement "Global Gateway", qui est un instrument puissant, peut être aussi un instrument qu'on doit régulièrement, politiquement évaluer afin de s'assurer que les objectifs fixés sont bien remplis. On voit bien la valeur ajoutée de la confiance que nos partenaires mettent dans les relations avec l'Union européenne. Amérique latine : il y aura l'année prochaine, sous présidence tournante espagnole, un sommet à Bruxelles avec les pays d'Amérique latine. Nous sommes très engagés avec eux d'ores et déjà en préparation de ce sommet. Indopacifique: avec les pays de l'ASEAN, il y aura cette réunion, ici à Bruxelles au mois de décembre.

S'engager avec le reste du monde. Diversifier nos partenariats, construire des stratégies pour faire en sorte d'être davantage indépendants. Je fais le lien entre le débat que nous avons eu à l'instant, d'une qualité très dense, pendant trois à quatre heures, avec le débat qu'on a eu au mois de mars, à Versailles. À Versailles, on a eu un débat sur l'autonomie stratégique de l'Union européenne et on a considéré qu'il y avait trois piliers clés sur lesquels nous devions travailler pour renforcer notre capacité d'influence, pour défendre nos intérêts, pour promouvoir nos valeurs.

Le premier pilier, c'est l'énergie. On en a beaucoup parlé ces derniers temps. On va continuer à être très engagés; on voit bien qu'on doit construire une capacité d'indépendance et de souveraineté sur ce terrain-là. Parce qu'on le voit bien, quand on est très dépendant, on en paye les conséquences, on en paye un prix lorsqu'il y a des difficultés et des chocs. C'est le cas sur le plan énergétique, et nous agissons pour faire face à ces chocs auxquels nous sommes confrontés.

Le deuxième élément, c'est bien sûr la sécurité et la défense, et c'est un moment clé pour renforcer la défense européenne, coopérer davantage ensemble pour être aussi moins dépendants sur ce sujet-là, en lien très étroit avec l'OTAN. C'est en cela que nous travaillons activement sur cette nouvelle déclaration entre l'OTAN et l'Union européenne.

Le troisième élément, c'est le leadership technologique, l'importance de ne pas être dépendant pour les technologies de l'avenir et du futur. Et là, il y a un enjeu qui touche directement à ce qui a été discuté avec la Chine. On voit bien qu'il y a des fragilités possibles. On a des forces, bien sûr, mais aussi des fragilités possibles en termes de dépendance technologiques, d'où le caractère essentiel d'initiatives comme le Chips Act (règlement sur les semi-conducteurs) par exemple, ou d'autres projets qui tendent à mobiliser nos ressources pour faire en sorte que l'on ait plus de capacité à se projeter dans l'innovation, à se projeter dans le développement technologique avec une ambition de leadership.

Voilà quelques éléments, quelques réflexions qui montrent la densité de la discussion directement connectée aux circonstances du moment. C'est une transformation géopolitique à laquelle nous assistons, et dans ce moment de transition géopolitique, l'important pour l'Union européenne est d'avoir les idées claires, d'avoir un souci d'unité mais un souci également de puissance, et c'est peut-être ce qui a le mieux résumé l'état d'esprit de nos discussions sur la Chine et, de manière plus générale, sur les affaires étrangères.

Deuxième point rapide, l'Iran : vous avez vu, et vous le verrez dans les conclusions, un message clair est adressé, qui montre les valeurs que nous portons, y compris la protection des femmes. C'est un message très clair: des sanctions sont prises contre ceux qui participent à ces répressions de manifestations pacifiques. C'est également un message en lien avec le soutien dans le cadre de cette guerre déclenchée par la Russie contre l'Ukraine.

Enfin, troisième point, nous avons eu cette discussion approfondie, une fois encore, sur la situation en Ukraine, après l'intervention du président Zelensky, hier de manière virtuelle. Vous verrez le texte des conclusions qui cadre, conforte, consolide notre approche : beaucoup de soutien pour l'Ukraine, sur le plan financier, sur le plan militaire, sur le plan humanitaire, sur le plan politique; de la pression contre le régime Russe, et la demande, une fois encore, de travailler, par exemple, sur le gel des avoirs qui sont sanctionnés afin de pouvoir les utiliser notamment pour de la reconstruction, pour du soutien à l'Ukraine. Il y aura à Berlin, dans quelques jours, une conférence pour la reconstruction de l'Ukraine. Cela montre une fois encore que la Commission et le chancelier allemand sont en première ligne pour mobiliser la communauté internationale afin d'être dans la coordination : les manches retroussées pour tenter d'agir sur le court terme, mais également pour préparer l'avenir de l'Ukraine, en gardant bien à l'esprit cet acte politique majeur, il y a quelques semaines, juste avant l'été, lorsqu'on a décidé d'accorder le statut de candidat à l'Ukraine, ce qui signifie beaucoup et ce pour quoi nous devons évidemment agir afin de rendre cette perspective extrêmement crédible et extrêmement forte. C'est avec les autorités ukrainiennes que nous travaillons très directement sur ce sujet.

Vous le voyez, c'est un Conseil européen qui a été fructueux, qui s'est tenu dans un délai relativement raisonnable compte tenu de l'ensemble des sujets difficiles qui étaient sur notre table, et qui montre qu'il y a cette conviction que lorsque l'on est uni, on est réellement plus influent, on a réellement plus d'impact. On a fait la démonstration de notre unité. Le travail n'est pas fini. Il y aura encore beaucoup à faire devant nous et je pense que ce Conseil européen est une étape qui peut nous donner confiance en notre capacité de décider dans les semaines et les mois qui viennent./.

(Source : site Internet du Conseil de l'Union européenne)

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