La Turquie mise sur les Emirats pour renflouer son économie
La visite à Abou Dhabi du président Erdogan, marquée par la signature d’accords de coopération, confirme le dégel entre les deux pays
istanbul correspondante
Annonçant l’ouvertured’« une nouvelle page » diplomatique, le présidentturc, Recep Tayyip Erdogan, s’est rendu, lundi 14 et mardi 15 février, en visite officielle aux Emirats arabes unis (EAU), où il a été reçu avec tous les honneurs par Mohammed Ben Zayed, l’homme fort de la monarchie, venu l’accueillir en personne à l’aéroport.
Garde d’honneur, salve de canon, affiches vantant le partenariat « stratégique » entre les deux pays, le prince héritier d’Abou Dhabi, surnommé « MBZ », a mis les petits plats dans les grands pour son hôte, confirmant le dégelintervenu dans les relations entre les deux pays après des années de brouille. A Dubaï, la plus haute tour du monde, la Burj Khalifa, s’est illuminée aux couleurs des drapeaux émirati et turc pour marquer la visite du président turc, dont le dernier séjour aux Emirats remonte à 2013, quand il n’était que premier ministre.
Sa visite fait suite à celle effectuée par « MBZ » en novembre 2021 à Ankara, lequel avait alors annoncé la création d’un fonds d’investissement de quelque 9 milliards d’euros pour soutenir les entreprises turques, en proie à des difficultés économiques.
Lundi, les deux dirigeants ontpoursuivi sur la même lancée, avec la signature de treize accords de coopération dans des domaines divers allant de la santé à la pétrochimie, en passant par les transports. Une lettre d’intention a également été signée sur la coopération entre les industries de défense des deux pays, axée notamment sur la production de drones. La chute spectaculaire de la livre turque, qui a perdu 45 % de sa valeur face au dollar en 2021, crée des opportunités inédites pour les investisseurs émiratis désireux d’acquérir des parts dans les entreprises turques dévaluées.
Le gouvernement turc se débatcontre une inflation galopante (50 %) qui pénalise les PME et ternit la réputation du pays, dont la note de crédit vient d’être une fois de plus revue à la baisse mifévrier par l’agence de notation financière Fitch Ratings.
Une aubaine pour Ankara
Les investissements des Emirats en Turquie sont une aubaine pour M. Erdogan. A la fin de l’année 2020, ils atteignaient près de 4,4 milliards d’euros, contre 312 millions d’euros d’investissements turcs aux Emirats. Au premier semestre 2021, le volume des échanges bilatéraux s’est élevé à plus de 6,3 milliards d’euros, soit une croissance de 100 % par rapport à la même période en 2020, selon l’agence émiratie WAM.
En janvier, Abou Dhabi a volé ausecours de la Turquie en concluantun accord d’échange de devises équivalent à 4,74 milliards de dollars (4,18 milliards d’euros) afin de renouveler les réserves turques de change, tombées au plus bas.
Confronté à une crise monétaire majeure et à une baisse sensible de sa popularité, M. Erdogan cherche à rompre son isolement diplomatique en renouant avec les Etats qu’il vilipendait jadis – Emirats, Arabie saoudite, Egypte, Israël.
Sur le plan géopolitique, la rencontre entre les deux dirigeants confirme la recomposition en cours au ProcheOrient. Celle - ci a débuté en janvier 2021, avec la levée de l’embargo imposé jusqu’ici au Qatar, l’allié indéfectible d’Ankara, par ses voisins du Golfe.
Longtemps, les relations ont été électriques entre le numéro un turc et « MBZ ». En 2016, juste après le putsch raté qui avait failli le renverser, M. Erdogan avait accusé les Emirats d’avoir soutenu M. Erdogan cherche à rompreson isolement diplomatique en renouant avec les Etats qu’il vilipendait jadis
Une maquette de la future ville de Dara Sakor, en décembre2021.
PHILONG SOVAN POUR « LE MONDE »
La piste du futur aéroport de Dara Sakor serait pratique pour toute la panopliede bombardiers chinois et financé les conjurés. La presse turque regorgeait de propos peu élogieux à l’endroit du prince et de son entourage. Abou Dhabi, pour sa part, reprochait à la Turquie son soutien aux Frères musulmans dans la région.
Les deux Etats soutiennent aussi des camps opposés en Libye et en Syrie. Par ailleurs, Dubaï est devenue le refuge de Sedat Peker, un parrain de la mafia turque dont les vidéos mises en ligne en 2021 ont décrit par le menu la présumée corruption régnant au sein du
Parti de la justice et du développement (AKP) dirigé par M. Erdogan.
Depuis le dégel turco émirati, amorcé par la visite à Ankara en août 2021 de Tahnoun Ben Zayed, le conseiller à la sécurité nationale des EAU, les révélations du mafieux ont brusquement cessé.
marie jégo - Le Monde le 16 Février 2022
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