Monday, September 13, 2021

Intervention de la representante permanente adjointe de la France au Conseil de Sécurité sur la situation en Afghanistan

 Nations unies - Briefing trimestriel sur les activités de la MANUA et la situation en Afghanistan - Intervention de Mme Nathalie Broadhurst, représentante permanente adjointe auprès des Nations unies, au Conseil de sécurité (New York, 09/09/2021)

Monsieur le Président,

J'aimerais remercier et saluer les intervenantes pour leur témoignage et pour leur engagement. La présence de trois femmes, en particulier de Wazhma Frogh et de Malala Yousafzai devant le Conseil nous rappelle que les femmes ne doivent pas être les oubliées de la crise afghane, et qu'elles seront, au contraire, au coeur de toute solution.

A Deborah Lyons, je voudrais exprimer notre plein soutien. J'aimerais saluer le courage, la détermination des équipes de la MANUA et, au-delà, de tout le personnel des Nations unies en Afghanistan. Ceux qui se trouvent encore sur place, nous le savons, travaillent dans un contexte sécuritaire, humanitaire très dégradé. La sécurité de ces personnels doit demeurer une préoccupation constante pour nous tous. Le rapport du Secrétaire général nous le rappelle à l'heure où nous négocions le renouvellement du mandat de la MANUA.

Monsieur le Président,

Les exigences de la communauté internationale vis-à-vis des Taliban sont extrêmement claires : elles ont été énoncées clairement dans la résolution 2593 du Conseil de sécurité et elles ont été répétées à maintes reprises par la France comme par ses partenaires européens.

Il s'agit d'abord du départ sûr, sans entrave des Afghans et de l'ensemble des ressortissants étrangers qui souhaitent quitter le pays. C'est le coeur de la résolution 2593 qui a été portée par la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Les Taliban ont pris des engagements concrets sur ce point dans leur déclaration du 27 août 2021 et il est impératif qu'ils les respectent. Nous travaillons avec tous les partenaires impliqués pour nous en assurer, et notamment les pays voisins de l'Afghanistan. L'une des priorités est que celles et ceux qui souhaitent quitter l'Afghanistan puissent le faire via l'aéroport de Kaboul dont l'accès doit être libre, sûr et sécurisé.

Il s'agit ensuite de garantir l'accès humanitaire sur l'ensemble du territoire afghan. La situation ne cesse de s'aggraver sur le terrain. Près de la moitié de la population afghane dépend à présent de l'aide humanitaire extérieure.

La France participera à la réunion ministérielle du 13 septembre prochain à Genève et elle contribuera à l'effort international pour aider le peuple afghan. Mais l'aide n'est rien si elle ne parvient pas à tous ceux et celles qui en ont le plus besoin. La protection des personnels humanitaires et médicaux doit être garantie. Les Taliban ont pris des engagements. Et là encore, nous ne contenterons pas de mots, nous attendons des actes concrets et surtout des garanties. Il est essentiel que les personnels humanitaires féminins puissent continuer à mener à bien leurs missions.

Le respect par tous et par toutes les parties de leurs obligations en matière de droit international, y compris le droit international humanitaire, est une exigence absolue.

Nous ne transigerons pas non plus sur le respect des droits de l'Homme, et en particulier des droits des femmes et des filles. Nous avons entendu les témoignages absolument poignants de Wazhma et de Malala. Elles nous ont rappelé, chacune à leur manière, avec leur parcours, le courage des femmes et des filles afghanes qui se sont si durement battues pour obtenir des droits au cours des vingt dernières années. La protection de ces acquis est une priorité absolue et la violation de ces droits ne restera pas impunie.

Les filles doivent pouvoir continuer à prendre le chemin de l'école. Elles doivent pouvoir continuer à aspirer à des postes de responsabilités. Leurs ainées doivent pouvoir continuer à travailler et à jouir sans entrave de leurs droits et de leurs libertés fondamentales. Nous savons la détermination des femmes afghanes et nous les soutiendrons dans leurs combats à venir comme nous l'avons fait dans le passé.

Monsieur le Président,

L'Afghanistan ne doit pas redevenir un sanctuaire pour les groupes terroristes. Nous exigeons des Taliban qu'ils rompent tout lien direct ou indirect, et y compris financier, avec les groupes terroristes, et en particulier avec Al Qaeda.

La France a constamment rappelé qu'elle serait attentive à la mise en place d'un gouvernement de transition qui soit représentatif de l'ensemble du peuple afghan et qui réponde aux aspirations de la population. Force est de constater que la composition du nouveau gouvernement intérimaire, qui a été annoncé par les Taliban hier, ne répond en rien à cette exigence.

En conclusion, la France continuera d'apporter son plein soutien au peuple afghan et elle sera attentive à ce que les engagements pris par les Taliban soient respectés et traduits en actions concrètes sur le terrain.

Je vous remercie./.


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