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Joseph Nye, théoricien du soft power : "Poutine a parfaitement saisi Trump, l’inverse en revanche…"
Grand entretien. Cet éminent spécialiste américain en relations internationales pointe les faiblesses de l’administration Trump et table sur un affaiblissement de l’influence des Etats-Unis dans le monde. Le défi de l’Europe selon lui ? "Être à la hauteur de son idéal".
Propos recueillis par Laurent Berbon
Publié le 17/03/2025 à 19:15
Vladimir Poutine et Donald Trump le 11 novembre 2017
US President Donald Trump (R) and Russia's President Vladimir Putin talk as they make their way to take the "family photo" during the Asia-Pacific Economic Cooperation (APEC) leaders' summit in the central Vietnamese city of Danang on November 11, 2017. World leaders and senior business figures are gathering in the Vietnamese city of Danang this week for the annual 21-member APEC summit. (Photo by JORGE SILVA / POOL / AFP)
AFP
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Il est l’un des professeurs de relations internationales les plus influents au monde. A 88 ans, Joseph Nye, qui a occupé des postes clés au sein des administrations Carter puis Clinton, a vu défiler quinze présidents américains depuis sa naissance. Et ce qu’il observe depuis deux mois, avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le laisse profondément perplexe quant à l’avenir de la première puissance mondiale. Comme il l’a récemment détaillé dans une tribune publiée dans le Financial Times, au titre évocateur "Trump et la fin du soft power américain", la situation actuelle l’inquiète.
Ce concept de soft power, dont il est le théoricien, désigne l’influence que peuvent exercer des pays, des idées ou des institutions par le biais de l’attraction et de la séduction, afin d’orienter le comportement d’autres Etats. L’auteur du récent ouvrage A Life in the American Century ("Une vie dans le Siècle américain", non traduit), explique pourquoi, en matière de politique étrangère, le vrai réalisme – et non celui que revendiquent Trump et ses disciples – "ne peut faire abstraction des valeurs libérales ni du soft power". Selon cet ancien doyen de la Kennedy School de l'université de Harvard, le président américain "est tellement narcissique qu’il ne se soucie ni de sa réputation à long terme, ni de celle du pays qu’il dirige". Ce qui, à ses yeux, ne manquera pas d’avoir des conséquences profondes. Entretien.
L’Express : "Tous les actes de Trump ont sapé le soft power américain", écrivez-vous. Le soft power américain a pourtant déjà connu des périodes de déclin, notamment après les guerres du Vietnam et d’Irak. En quoi est-ce plus grave cette fois-ci ?
Joseph Nye : Le soft power a, de fait, connu une longue histoire faite de hauts et de bas. Pendant la guerre du Vietnam, des millions de personnes manifestaient dans les rues contre la politique des Etats-Unis. Pourtant, le soft power américain s’est rétabli dans les années 1980 et 1990. Plus tard, la guerre menée par George W. Bush en Irak a de nouveau terni l’image des Etats-Unis à l’international. Mais sous la présidence d’Obama, le soft power américain s’est redressé avant de s’affaiblir sous Trump, comme l’ont montré les enquêtes d’opinion publique, avant de remonter légèrement avec Biden. Je n’ai pas encore vu de sondages concernant la nouvelle administration Trump, mais je prédis que le soft power américain va de nouveau diminuer au cours des quatre prochaines années.
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La position hégémonique des Etats-Unis est-elle menacée ?
Après deux mois, il est encore trop tôt pour porter un jugement définitif sur le long terme. La véritable question à se poser est la suivante : à l’issue de ces quatre années, l’influence et le pouvoir des Etats-Unis seront-ils aussi forts qu’ils le sont aujourd’hui ? Je ne le crois pas. La dévalorisation des alliances et la perte de confiance de nos partenaires vont affaiblir la puissance militaire américaine, qui repose non seulement sur nos propres forces armées, mais aussi sur le soutien de nos alliés. Je pense donc...
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