Proche-Orient - Situation au Liban - Audition de M. Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, devant la Commission des affaires étrangères et la Commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale - Propos de M. Jean-Noël Barrot (Paris, 13/11/2024)
Monsieur le Président de la commission des affaires étrangères,
Monsieur le Président de la commission de la défense nationale,
Je vous remercie d'avoir convoqué cette audition conjointe, à l'image du travail conjoint que nous menons avec Sébastien Lecornu sur ces sujets.
Pour la France, le Liban n'est pas un pays comme les autres. "Dans tout coeur de Français, [...] le nom seul du Liban fait remuer quelque chose de très particulier. Les Libanais ont été à travers les siècles le seul peuple dont jamais le coeur n'a cessé de battre au rythme du coeur de la France". Ainsi parlait le général De Gaulle de la relation entre la France et le Liban en 1941.
L'identité même de ce pays, si singulière, s'est construite par l'assimilation de notre langue et de notre culture, avant que la France ne vienne donner en 1920 à la nation libanaise l'Etat auquel elle aspirait. Aujourd'hui encore, c'est au Liban que nous trouvons le plus grand nombre d'écoles françaises homologuées au monde. C'est aussi au Liban que se trouve notre principal poste diplomatique aux Proche et Moyen-Orients. Cet enracinement fait du Liban tout à la fois notre ancre et notre relais dans la région.
Ce pays qui nous est si cher est aujourd'hui menacé d'effondrement par une guerre qui le frappe alors qu'il était déjà terriblement fragilisé par la succession des crises qui l'ont secoué ces dernières années.
Je pense d'abord à la crise économique. L'effondrement depuis 2020 du système financier libanais, devenu une véritable pyramide de Ponzi, a engendré une crise dont les annales de l'histoire économique connaissent peu d'équivalents. Le produit intérieur brut (PIB) a été divisé par trois depuis 2020, les Libanais ont perdu la quasi-totalité des économies placées dans les banques et l'hyperinflation a réduit à peu de chose les retraites et les salaires. Une vague d'émigration sans précédent depuis la guerre civile a touché le pays. Seules les remises de la diaspora et l'aide internationale ont permis une stabilisation, qui ne saurait toutefois déboucher sur un redressement, en l'absence de réformes indispensables que la classe politique a rejetées avec constance
Je pense ensuite à la crise politique, avec la vacance de la présidence de la République depuis plus de deux ans. Faute d'accord entre les forces politiques sur la désignation d'un nouveau président, processus qui suppose un large consensus, le Liban n'a plus ni chef d'Etat capable de le rassembler et de le représenter, ni gouvernement de plein exercice, ni Parlement capable de légiférer. L'Etat lui-même, dont les responsables partent les uns après les autres à la retraite sans pouvoir être remplacés, est paralysé.
Je pense enfin, bien sûr, à la terrible explosion qui a dévasté le 4 août 2020 Beyrouth, tuant 235 personnes, dont plusieurs ressortissants français, et dont la capitale porte encore les stigmates.
C'est donc un pays au bord de la rupture que le Hezbollah a choisi, à la faveur de calculs régionaux, d'entraîner dans la guerre au lendemain des terribles massacres antisémites du 7 octobre 2023.
Cette guerre a d'abord été contenue pendant près d'un an au Sud du pays, n'atteignant pas le niveau d'intensité et de destruction du conflit de Gaza, même si elle causait des morts chaque jour. Elle s'est ensuite brutalement accélérée et amplifiée mi-septembre, avec le lancement d'une opération israélienne de très grande envergure, qui a éliminé l'essentiel du commandement du Hezbollah et a largement détruit ses infrastructures et ses stocks d'armes, tout en ravageant le Sud, la Bekaa et la banlieue de Beyrouth, sans épargner ni la population ni les infrastructures civiles.
Comme vous l'avez rappelé, la guerre a causé 3.000 morts, dont deux de nos compatriotes, et quelque 15.000 blessés. Près de 1 million de personnes - soit plus d'un Libanais sur cinq - ont dû quitter leur foyer ; 5.000 hectares ont été détruits ; 500.000 élèves n'ont plus accès à leur école. Le bilan humain et matériel de cette guerre est déjà sans commune mesure avec celui de la guerre de 2006.
La solidarité dont font preuve les Libanais est remarquable mais il est évident que des déplacements de population aussi massifs déstabilisent gravement des équilibres communautaires fragiles, au risque de tensions internes dangereuses.
Dans ce contexte dramatique, la France se tient aux côtés du Liban et des Libanais.
Elle se tient tout d'abord à leurs côtés en apportant à la population l'aide dont elle a besoin pour tenir, face aux conséquences de la guerre.
Quelques jours après ma prise de fonctions, j'ai effectué à Beyrouth mon premier déplacement bilatéral, porteur de deux postes sanitaires mobiles qui soignent actuellement 1.000 blessés graves à l'Hôtel-Dieu et à l'hôpital Rafic Hariri, et de 10 tonnes de médicaments et de matériel médical. J'ai débloqué 10 millions d'euros pour financer des projets d'urgence portés par des organisations non gouvernementales (ONG) et des agences des Nations unies.
Le 24 octobre, soit un mois après le début de l'incursion terrestre israélienne au Liban, nous avons organisé à Paris une conférence internationale de soutien à la population et à la souveraineté du Liban, qui a rassemblé plus de soixante-dix Etats et organisations internationales. Cette conférence a permis de mobiliser 1 milliard de dollars, dont 800 millions d'aide humanitaire, au bénéfice des Libanais affectés par la guerre. La France a pris toute sa part dans cet effort, en annonçant un engagement de 100 millions d'euros, complétés par l'envoi de 100 tonnes de fret. Une première livraison de 30 tonnes de tentes, de couvertures et d'autres biens de première nécessité a été effectuée le 1er novembre. D'autres suivront.
Cette mobilisation ne concerne pas uniquement l'Etat. Toutes les forces vives de la nation - associations, entreprises, collectivités territoriales, élus - s'engagent à nos côtés. J'ai lancé un appel aux dons, qui a été entendu. Les groupes CMA CGM, BNP Paribas, Engie, Sanofi et l'association Tulipe se sont déjà mobilisés, apportant leur soutien aux opérations humanitaires et des millions d'euros de contributions additionnelles à l'effort collectif. Qu'ils en soient profondément remerciés.
Nous sommes également mobilisés pour venir en aide à nos 21.000 ressortissants qui résident au Liban. Un dispositif dédié a été mis en place par notre ambassade à Beyrouth, dont je salue l'engagement exemplaire, avec le soutien du centre de crise de mon ministère. Des vols spéciaux ont été affrétés pour pallier la disponibilité limitée des vols commerciaux et permettre à ceux qui le souhaitent de regagner la France. Des moyens financiers ont été dégagés pour soutenir nos compatriotes les plus vulnérables. Je tiens aussi à saluer le travail de nos agents à Beyrouth, qui exercent leur métier dans des conditions particulièrement difficiles.
La France se tient aussi aux côtés du Liban et des Libanais en soutenant leurs institutions, politiques et sécuritaires.
La conférence du 24 octobre a permis de mobiliser 200 millions de dollars pour les forces de sécurité libanaises, en premier lieu pour l'armée. Il s'agit aujourd'hui de donner aux forces de sécurité les moyens de préserver la paix civile, dans un contexte tendu par la guerre et par les déplacements de populations. Il s'agira demain de permettre à l'armée de prendre toute sa part à un règlement diplomatique de la situation, dont nous savons bien qu'il passe par son déploiement renforcé au Sud du Liban, en coopération avec la FINUL, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies.
La France prend toute sa part dans ce soutien direct à l'armée libanaise, en l'équipant, en la formant et en assurant la pérennité de son service de santé. Nous resterons à ses côtés.
Nous avons aussi formé, avec l'Italie et le Royaume-Uni, également présents au sein de la FINUL, un comité militaire technique pour soutenir de façon très concrète ce renforcement de l'armée libanaise.
L'horizon pour le Liban est en effet un Etat fort, souverain, disposant du monopole de la force légitime et capable d'assurer la protection de toutes les communautés. Aucune puissance extérieure ne peut imposer durablement l'hégémonie d'une communauté. Le Liban est pluriel et le restera. La communauté chiite, aujourd'hui la plus touchée par la guerre, a toute sa place au Liban. Elle doit pouvoir vivre en sécurité, sous la protection de l'Etat.
Or cet Etat doit avoir un chef. Que la guerre se poursuive ou que des négociations s'ouvrent, il est inconcevable de laisser aujourd'hui le Liban sans président qui puisse le rassembler et le représenter. C'est à cette condition que l'unité du Liban et son existence même en tant qu'Etat pourront être préservées.
Le président de la République a confié cette mission à mon prédécesseur et ami Jean-Yves Le Drian, qui poursuit ses démarches auprès de l'ensemble des forces politiques libanaises et de nos partenaires du Quintette, groupe formé par la France, les Etats-Unis, l'Arabie saoudite, le Qatar et l'Egypte, pour faciliter l'élection d'un nouveau président libanais. Nous allons continuer nos bons offices collectifs pour pousser les Libanais à s'accorder. Il en est plus que temps.
Enfin, la France se tient aux côtés du Liban et des Libanais en oeuvrant à une solution diplomatique permettant de mettre un terme à cette guerre et d'assurer une sécurité durable aux populations, en Israël comme au Liban, que la force seule ne garantira pas.
Cette solution est connue : c'est la pleine mise en oeuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il s'agit de faire cesser les hostilités de part et d'autre de la frontière, de déployer massivement les forces armées libanaises au Sud du pays, de renforcer la capacité de la FINUL à mettre en oeuvre son mandat et de régler le contentieux sur la frontière terrestre. Le Hezbollah, qui porte une lourde responsabilité dans cette guerre, doit cesser ses attaques et se conformer aux résolutions des Nations unies.
Je continue mes efforts en ce sens. J'étais jeudi dernier - pour la deuxième fois en un mois - en Israël, où j'ai pu approfondir les échanges, de façon détaillée et concrète, sur les paramètres d'un accord permettant la cessation des hostilités : sécurité pour Israël, souveraineté pour le Liban. Je me suis entretenu dimanche avec mon homologue américain sortant, Antony Blinken, et j'ai des contacts réguliers avec les acteurs libanais et mon homologue iranien.
Nous sommes en effet la seule puissance qui parle à toutes les parties. Nous tenons la plume au Conseil de sécurité au sujet du Liban. Nos militaires forment l'épine dorsale de la FINUL, à laquelle je rends hommage pour son courage et son professionnalisme, alors qu'elle a fait face ces dernières semaines à des attaques inacceptables, violant le droit international. Tout ceci nous donne un rôle particulier dans ces efforts diplomatiques.
La France restera aux côtés du Liban, parce que cet engagement est conforme aussi bien à ses valeurs qu'à ses intérêts. Comme l'a dit le président de la République, ce qui se joue dans ce Liban pluriel, "Liban-message" où coexistent chrétiens et musulmans, Orient et Occident, n'est pas seulement le destin de ce pays qui nous est si cher mais peut-être bien la possibilité d'une civilisation.
(...)
R - Si la résolution 1701 n'a pas été appliquée pleinement depuis 2006, c'est peut-être parce qu'elle a été prise indépendamment du contexte. Pour éviter de reproduire les erreurs du passé, il nous faut bien définir les paramètres sécuritaires nécessaires pour que le Sud du Liban cesse d'être le lieu où se livrent toutes les querelles de la région, avec des conséquences sécuritaires très préoccupantes pour Israël. Pour rappel, 60 000 personnes déplacées ne peuvent toujours pas rentrer chez elles, du côté israélien tandis que plusieurs centaines de milliers de Libanais ont dû fuir le Sud-Liban. Cela n'est pas indépendant de la résolution de la crise politique au Liban.
La sécurisation du Sud du Liban, à travers le déploiement des forces armées libanaises, aux côtés d'une FINUL renforcée pour exercer pleinement son mandat, n'est possible en effet que si les autorités politiques appuient très largement cette nouvelle dynamique et acceptent d'assurer le rôle d'un Etat souverain qui dispose du monopole de la force, en prenant ses responsabilités plutôt qu'en déléguant ou sous-traitant la sécurisation du Liban aux milices.
Notre effort diplomatique porte aussi sur la dimension politique.
La troisième dimension est régionale. Le Liban ne pourra en effet trouver de résolution définitive au conflit qui le mine si les protecteurs des groupes armés, en particulier l'Iran pour le Hezbollah, continuent de faire du pays un théâtre pour leurs conflits avec Israël plutôt que de le considérer comme un Etat souverain.
Si nous faisons avancer de front ces trois éléments - de sécurité, de politique intérieure et de politique régionale -, nous avons des chances de réussir là où nous avons échoué en 2006.
(...)
R - Je salue votre action, ainsi que celle menée par votre suppléant à Beyrouth. L'armée israélienne a incontestablement engrangé des succès militaires et tactiques ces dernières semaines. Pourtant, les frappes qui se poursuivent ne sont pas justifiées, de notre point de vue. Nous le disons car nous contemplons l'histoire et nous nous souvenons que lorsqu'Israël a chassé l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) du Sud du Liban en 1982, à force de destructions, de pertes civiles et de bombardements, s'est créé un terreau à partir duquel, en dépit du départ de l'OLP, est né le Hezbollah. Il faut savoir faire taire les canons et cesser le feu. Ce moment est arrivé depuis longtemps. C'est dans l'intérêt du Liban mais aussi d'Israël et de sa sécurité. Les violences n'ont que trop duré et nous appelons à un cessez-le-feu immédiat.
Concernant les suites de la conférence qui s'est tenue à Paris, nous avons déjà engagé un tiers des sommes et fait parvenir, le 1er novembre, 30 tonnes de tentes, de couvertures et d'autres biens de première nécessité ; 50 millions d'euros supplémentaires ont déjà été fléchés vers des projets des agences humanitaires des Nations unies et d'ONG de confiance engagées sur le terrain. Le reste des crédits nécessaire pour tenir notre engagement, à savoir 17 millions d'euros, seront engagés en 2025.
(...)
R - Vous l'avez rappelé, l'incident qui s'est produit au domaine de l'Eléona est inacceptable : d'abord parce que la France refuse que quiconque entre armé sans son autorisation dans les domaines placés sous sa responsabilité et sa protection à Jérusalem mais aussi parce que le traitement réservé aux deux gendarmes, au mépris de leur statut diplomatique, est proprement scandaleux et indigne de la relation que nous entretenons avec Israël. Pour cette raison, après avoir veillé à leur libération, j'ai pris la décision d'activer le premier degré dans l'échelle des sanctions diplomatiques, à savoir la convocation de l'ambassadeur d'Israël en France, qui a été reçu hier matin au Quai d'Orsay. Il s'est vu signifier que la France considérait ces agissements comme inadmissibles et attendait que ces incidents ne se reproduisent plus. Nous allons convenir avec mon homologue israélien par exemple par un échange de lettres des procédures à suivre dans le cadre des visites officielles, pour que ces incidents ne se reproduisent plus.
Concernant les violations par Israël du droit international et du droit international humanitaire, nous les condamnons systématiquement et, lorsque nous le pouvons, nous les sanctionnons. Nous l'avons fait à propos de la colonisation en sanctionnant à titre national vingt-huit individus coupables de faits de colonisation agressive.
(...)
R - Nous avons aussi créé un régime de sanctions au niveau européen, que nous avons activé à deux reprises. Il a permis de sanctionner des entités et des individus, coupables et complices de faits de colonisation. Nous envisageons de l'activer une troisième fois.
À vous entendre dans l'hémicycle ou dans cette salle de commission, on a le sentiment que la France ne prend pas ses responsabilités et s'éloigne de son rôle de vigie concernant le respect en toutes circonstances du droit international et de la justice. Je vous invite à m'accompagner lors de mon prochain déplacement dans la région. Vous verrez les réactions d'irritation que certaines paroles de la France peuvent susciter en Israël. Nous n'en avons pour autant que faire car nous serons toujours aux côtés du droit international et de la justice.
(...)
R - Quel doit être l'objectif de la guerre ? Le seul objectif pertinent du point de vue de la France et de bien d'autres pays est de créer les conditions d'une paix durable.
Au Liban, celle-ci passera par le retour d'un Etat fort, souverain, disposant du monopole de la force. Cela implique le désarmement des milices et la capacité de l'Etat, avec un président de la République nommant le commandant en chef de l'armée libanaise et un premier ministre qui forme un gouvernement, de prendre en main son propre destin.
C'est la meilleure garantie de sécurité pour Israël car, si le Liban venait à s'effondrer et que les risques de guerre civile évoqués çà et là venaient à se concrétiser, vous trouveriez au Nord d'Israël un Etat failli qui ressemblerait bientôt à la Syrie, c'est-à-dire à un foyer où prospèrent les trafics et le terrorisme et d'où émigrent des centaines de milliers de personnes fuyant l'insécurité et la violence. Ce serait un foyer durable d'instabilité à la frontière au Nord de l'Etat d'Israël. Dans l'intérêt de ce dernier, le cessez-le-feu doit intervenir et la mise en oeuvre effective de la résolution 1701 doit être accomplie. Cela suppose de la part de la France, ainsi que des autres pays participant à la FINUL, de tirer les leçons de 2006 et de faire en sorte que les conditions d'un cessez-le-feu soient réunies, tant sur le plan sécuritaire et politique que régional.
À Gaza et en Cisjordanie, il n'y aura aucune paix juste et durable sans Etat palestinien, comme nous l'avons dit. Notre objectif est qu'à l'issue de cette année tragique pour la région, on aboutisse à une solution à deux Etats, avec des reconnaissances mutuelles, des garanties de sécurité et deux peuples vivant côte à côte. Cela implique trois étapes selon nous. La première est le cessez-le-feu immédiat car la tragédie humanitaire est insupportable. La deuxième est la solution politique qui associera des Etats de la région et des Etats comme la France, pour la reconnaissance de l'Etat de Palestine ainsi créé. Il y aura aussi une troisième étape, même si nous en sommes loin : celle de la réconciliation. J'ose à peine prononcer ce mot aujourd'hui, tant la guerre a tendance à durcir les esprits dans la région.
(...)
R - Je commencerai par répondre rapidement à votre seconde question. J'ai relevé les nombreuses observations formulées par les parlementaires de la commission des affaires étrangères car vos auditions sont diffusées et nous les suivons. Nous avons par ailleurs fait part, avec Antoine Armand, de nos propres observations au directeur général de l'AFD. Je peux vous annoncer que le décret créant la commission d'évaluation de l'aide publique au développement, issu du texte examiné en début d'année, est désormais en passe d'être signé.
S'agissant de votre première question, je dois dire qu'à condition de ne pas heurter de manière frontale l'administration entrante, une administration sortante a des marges de manoeuvre après les élections, dont elle ne disposait pas forcément auparavant. Elle peut ainsi prendre un peu plus de risques. De fait, j'ai senti chez mes interlocuteurs américains la volonté de mettre à profit les dix semaines qui les séparent de la prise de fonction de la nouvelle administration pour cheminer le plus rapidement possible vers le cessez-le-feu, au Liban et à Gaza. Nous verrons si ces intentions sont suivies d'effet.
(...)
R - Israël n'a pas d'intention d'occupation, exprimée comme telle, au Liban. Notre responsabilité, en tant qu'amis et partenaires du Liban, consiste à créer les conditions pour que l'Etat libanais reprenne possession, avec la FINUL, du Sud du Liban et que la souveraineté de ce pays soit assurée en même temps que la sécurité d'Israël. À Gaza, il n'existe par ailleurs aucune justification possible pour reporter davantage un cessez-le-feu.
S'agissant des conférences, je tiens à rappeler que, un mois après le 7 octobre 2023, la France a accueilli une conférence humanitaire pour Gaza qui a permis de lever 1 milliard d'euros. Elle a fait de même, en avril 2024, pour le Soudan, qui connaît la principale crise humanitaire dans le monde aujourd'hui, ce qui a permis de lever 2 milliards d'euros. Un mois après le début des hostilités israéliennes au Liban, une nouvelle conférence internationale s'est tenue en France et a permis de lever 1 milliard de dollars. Bien sûr, le meilleur remède est la paix : l'aide humanitaire ne viendra jamais résoudre le problème à la racine. Toutefois, si nous nous désintéressions de la tragédie que vivent les civils, femmes et enfants de ces régions, alors nous ne serions pas à la hauteur de notre histoire et de ce qu'est la France.
De même, des gens me disent parfois : vous allez là-bas et vous parlez sans qu'il ne se passe rien. Mais c'est important de parler et de dénoncer systématiquement les violations du droit international humanitaire. Le simple fait de rappeler que la perspective dans ce conflit est un Etat palestinien et deux Etats vivant côte à côte a de la valeur. Comme je l'ai déjà dit, lors de ma première audition, j'ai bien conscience de l'importance de la diplomatie parlementaire ; toutefois, il ne faut pas sous-estimer celle que peut avoir la parole de la France, même si les situations sont parfois compliquées et appellent la mobilisation de plusieurs acteurs pour être résolues.
(...)
R - Je vous remercie pour cette question très importante. Le coût et les ravages de la guerre ne se limitent pas en effet au champ de bataille, ni même aux hôpitaux et aux conséquences humanitaires. Ils concernent aussi le patrimoine culturel et historique. Nous avons ainsi tremblé lorsque nous avons vu les bombes tomber près du temple de Baalbek, l'un des principaux complexes archéologiques du bassin méditerranéen. Aussi, nous avons salué l'appel de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) à épargner ces sites qui font partie de notre patrimoine commun.
Vous avez raison de rappeler aussi ce qui fait la singularité du Liban, à savoir la coexistence des communautés maronite, chiite, sunnite et druze, au travers d'une architecture institutionnelle inédite, aujourd'hui mise sous une pression considérable. Des centaines de milliers de chiites fuient en effet la plaine de la Bekaa et le Sud du Liban et se retrouvent accueillis dans des villages chrétiens ou sunnites. Ils y occupent parfois des écoles, si bien que les enfants chrétiens ou sunnites peuvent se retrouver privés d'école et embolisent, dans certains cas, les hôpitaux utilisés habituellement par d'autres communautés.
Si nous voulons préserver ce qu'il reste de ce modèle, déjà largement éprouvé par des décennies de violences et de conflits, opposant des communautés qui sont dressées les unes contre les autres par des acteurs extérieurs à ce pays, nous devons construire les conditions d'une paix juste et durable et d'un Liban fort et maître de son destin, en travaillant sur le plan régional, sur le plan de la politique intérieure et sur le plan sécuritaire, avec les forces armées libanaises et la FINUL.
(...)
R - Je vous remercie de saluer, comme d'autres de vos collègues avant vous, le sacrifice des cinquante-huit parachutistes du Drakkar ainsi que le courage des 700 soldats français de notre contingent dans la FINUL. Vous pouvez imaginer dans quelles circonstances extrêmement difficiles ces derniers exercent aujourd'hui leur métier.
Concernant les buts de guerre d'Israël au Liban, ils ne sont pas tout à fait précis. À l'horizon, se trouve bien l'idée d'un Etat libanais voisin ne représentant pas une menace pour Israël et avec lequel vivre en paix. À court terme, les logiques de la guerre l'emportent toutefois et les positions se durcissent. Il y a encore un mois, quelques semaines après le début de l'incursion terrestre au Liban, les paramètres sécuritaires qui permettraient à Israël de cesser les hostilités étaient fixés : ils concernaient la sécurisation du territoire entre la ligne bleue et le Litani. Aujourd'hui, des voix s'élèvent en Israël pour dire que le plus important est de pouvoir conserver une capacité à frapper au Liban, voire entrer au Liban, à tout moment, comme c'est le cas avec la Syrie. Or cette perspective est évidemment incompatible avec la souveraineté d'un Etat fort, disposant du monopole de la force légitime, que j'évoquais précédemment.
Pour en venir à votre deuxième question, tous nos efforts diplomatiques visent précisément à faire monter le plus rapidement possible en puissance les forces armées libanaises. J'ai parlé de la conférence qui a permis de lever 200 millions d'euros, des efforts de formation et d'équipements de l'armée libanaise. Les autorités libanaises et le gouvernement doivent par ailleurs prendre un certain nombre de décisions, sans attendre un cessez-le-feu, afin de permettre des déploiements, voire des redéploiements de forces déployées ailleurs que sur la ligne de front.
Pour compléter, j'ajouterai que j'échange beaucoup avec Sébastien Lecornu au sujet d'une évolution de la posture de la FINUL, à mandat constant, concernant les équipements qu'elle pourrait mobiliser pour surveiller l'application d'un cessez-le-feu le moment venu, la fréquence des patrouilles et sa capacité à intervenir. Le mandat de la FINUL, tel qu'il est rédigé dans la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, montre en effet qu'en principe, et à condition que les autorités politiques sur place l'autorisent, la FINUL dispose d'une marge pour assurer la sécurité du territoire qui lui a été confié. Une discussion est en cours avec les autres pays ayant des contingents au sein de la FINUL, pour que des forces armées libanaises affermies, d'une part, et une FINUL renforcée dans sa posture, de l'autre, puissent garantir la sécurité d'Israël, au Sud, et donc justifier pleinement le retrait des forces israéliennes.
(...)
R - Concernant l'UNESCO, je regarderai attentivement ce qui ressortira de la réunion du 18 novembre. J'ai par ailleurs reçu le candidat soutenu par la France pour succéder à la directrice générale de l'UNESCO. Le point que j'ai soulevé avec lui est précisément celui que vous évoquez, à savoir la protection du patrimoine historique et culturel dans les zones de conflit, en citant l'exemple de Balbek. Je lui ai notamment demandé de réfléchir avant même sa prise de fonctions avec l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (Aliph) et d'autres acteurs de la protection du patrimoine sur la manière de mieux protéger ce patrimoine en réfléchissant aux sanctions qui pourraient être établies afin de dissuader les acteurs des guerres, au Moyen-Orient comme ailleurs.
Votre seconde question me permet de revenir à la mission de Jean-Yves Le Drian, à laquelle j'ai, d'une certaine manière, pris aussi ma part quand je me suis rendu au Liban et lorsque je reçois à Paris des acteurs de la vie politique libanaise. Nous cherchons à éviter que ne s'aggravent les forces centrifuges de la guerre. La guerre conduit en effet à un durcissement des positions. Celui qui est en situation de faiblesse considère qu'il ne doit pas discuter, attendant d'être en meilleure position pour le faire. Celui qui est en position de force estime, quant à lui, qu'il sera encore plus fort par la suite et qu'il vaut mieux repousser l'engagement de discussions. Notre obsession, avec Jean-Yves Le Drian, est d'amener les responsables politiques libanais à s'orienter au plus vite vers une discussion afin d'avancer sur l'élection du président de la République, la nomination d'un gouvernement et celle d'un commandant en chef des forces armées libanaises. Cela suppose qu'ils aillent chercher en eux la part de courage nécessaire pour surmonter ces forces centrifuges engendrées par la guerre pour agir dans l'intérêt supérieur du pays.
(...)
R - Lorsque j'évoquais la logique des négociations, je pensais notamment aux dynamiques internes au Liban - et c'est le plus triste. Avec le délitement de l'Etat et l'importance prise par le Hezbollah sur le plan sécuritaire, évoquée par Olivier Faure, le climat entre les leaders des communautés se durcit. La guerre se poursuivant, je constate aujourd'hui que certains différends, qu'ils devraient surmonter pour défendre leur pays et sa souveraineté, ont au contraire tendance à s'aggraver. Le message que nous leur adressons est clair : ils doivent se serrer les coudes pour créer les conditions d'une souveraineté et d'une unité du Liban, incarnée par un président qui puisse s'asseoir à la table avec Israël et défendre les intérêts libanais.
Je rappelle une fois encore que la France appelle au cessez-le-feu depuis le premier jour. Vous avez fait allusion aux bippers piégés ; d'autres députés ont évoqué les bombardements massifs qui ont touché le Sud du Liban, y compris des villages chrétiens, ainsi que la banlieue de Beyrouth et parfois même des villages du Nord, soupçonnés d'avoir accueilli par solidarité des déplacés du Sud. Le Liban traverse aujourd'hui une épreuve inouïe. C'est la raison pour laquelle la France dénonce et condamne ces violences, chaque fois qu'elle les constate, à la fois par attachement pour le Liban mais aussi dans l'intérêt même de la sécurité durable d'Israël et des Israéliens.
(...)
R - Le centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère de l'Europe et des affaires étrangères a établi avec des associations du Liban, comme la Croix-Rouge libanaise, des relations très étroites. Il est d'ailleurs considéré par certains acteurs comme une référence. Ainsi, les entreprises évoquées précédemment, qui ont participé à l'effort, n'oseraient pas envoyer de l'aide directement au Liban, de peur qu'elle soit détournée, mais elles ont toute confiance dans le CDCS - vous pourrez d'ailleurs visiter le centre ou rencontrer ses membres si vous le souhaitez.
Je suis d'accord avec vous sur le rôle déstabilisateur de l'Iran pour la région. L'Iran, au travers de ses proxies, a favorisé le massacre antisémite du 7 octobre 2023. Il a également encouragé le Hezbollah à ouvrir, le lendemain, un nouveau front et à entraîner le Liban dans la guerre. C'est aussi l'Iran qui, depuis l'Irak, la Syrie ou le Yémen, continue de mener des actions de déstabilisation. Dans le cadre de cette audition sur le Liban, je le dis tout net : dans l'intérêt du Liban, l'Iran doit cesser d'en faire le théâtre de son conflit avec Israël. C'est un pays unique et fragile. Cette "instrumentalisation" dans le cadre de la conflictualité avec Israël doit cesser.
Concernant la remarque sur le fait de mettre sur le même plan l'armée israélienne et le Hezbollah, comme je l'ai déjà dit à l'Assemblée nationale, nous dénonçons toutes les violations du droit international et du droit international humanitaire : en Israël par le Hamas, à Gaza par Israël, en Israël par le Hezbollah, au Liban par Israël, au Soudan par les forces armées, en Afghanistan par les talibans, en Ukraine par la Russie... Nous ne changeons pas de position. C'est probablement parce qu'elle ne prend pas parti pour les uns ou les autres, mais qu'elle ne prend que le parti du droit et de la justice, que la France reste aujourd'hui entendue dans un monde en cours de fragmentation.
(...)
R - Comment procédons-nous ? Depuis le 8 octobre 2023, nous échangeons avec nos interlocuteurs dans la région, du côté libanais et du côté israélien. À un moment donné, nos efforts ont convergé avec ceux des Américains. Nous avons accepté une telle convergence car les Etats-Unis ont une relation privilégiée avec Israël et nous avons, nous, une relation ancienne et profonde avec le Liban, ainsi qu'une capacité à parler avec tous les acteurs. Il y a bientôt deux mois de cela, nous avons ainsi émis une proposition de trêve de trois semaines, pour l'application effective de la résolution 1701. Cette proposition a été endossée par différents pays, sans avoir encore été reprise par les parties.
Voilà ce que nous nous efforçons de faire. Cela explique qu'y compris pendant la période de transition, je reste en relation très étroite avec le secrétaire d'Etat américain sortant, évoqué par Michel Herbillon précédemment. Dès que son successeur sera désigné, nous chercherons à nous rapprocher de lui car il nous faut continuer à cheminer ensemble. Si la France mène des initiatives seule de son côté, la capacité des Etats-Unis à amener Israël à la table risque de lui faire en partie défaut. À l'inverse, sans la France, il manquera aux Etats-Unis une appréciation fine des dynamiques politiques internes au Liban et une capacité à sonder vraiment le coeur des parties prenantes.
Nous allons ainsi continuer de cultiver un travail commun avec les Américains, de nature à permettre la résolution durable de la crise. Nous avons aussi des échanges très réguliers avec nos partenaires européens, notamment ceux qui sont représentés dans la FINUL.
(...)
R - Monsieur Giletti, un dispositif dédié a été mis en place par notre ambassade à Beyrouth, avec le soutien du centre de crise situé à Paris, pour qu'une réponse téléphonique soit disponible en permanence. Face à la disponibilité limitée des vols, nous avons également affrété quatre vols spéciaux, civils et militaires, au début de la crise, il y a un mois et demi, pour permettre à ceux qui le souhaitaient, notamment aux plus vulnérables, de rentrer en France. Plus de 300 personnes en ont bénéficié. Aujourd'hui, un vol direct quotidien continue de desservir Paris - j'en remercie la compagnie nationale libanaise. Des places sont régulièrement disponibles et nous faisons en sorte que nos ressortissants puissent en bénéficier. Nous avons également débloqué des subventions additionnelles pour porter assistance à nos compatriotes les plus vulnérables, notamment à ceux du Sud-Liban. Enfin, comme vous le savez, des moyens militaires ont été prépositionnés en Méditerranée, dans l'hypothèse où nous serions contraints de procéder rapidement à une évacuation. Concernant le service privé de délivrance des visas, je n'ai pas la réponse à votre question mais je m'assurerai qu'elle puisse vous parvenir.
Monsieur Guiniot, la résolution 1701 précise que les contingents de la FINUL peuvent atteindre 13.000 hommes et ceux des forces armées libanaises jusqu'à 15.000. Aujourd'hui, dans le Sud du Liban, la FINUL atteint quasiment son effectif maximal mais les forces armées libanaises sont bien en deçà de la volumétrie mentionnée dans la résolution. D'où l'importance de renforcer ces dernières, pas seulement en équipements et en formation, mais en leur permettant de recruter, voire de redéployer, des soldats. Les rédacteurs de la résolution 1701 avaient bien identifié le besoin de deux fois 15.000 hommes environ pour couvrir la zone du Sud-Liban, ce qui est considérable, au regard de la zone à couvrir.
Concernant l'administration entrante et Marco Rubio, je commencerai par rappeler que le président élu aux Etats-Unis a toujours fait part de son exaspération à l'égard des guerres sans fin. En outre, en matière de politique étrangère dans la région, il a contribué aux accords d'Abraham, qui ont conduit à une forme de normalisation et que nous avons salués. Enfin, je constate qu'on est passés d'une administration sortante qui, à l'approche des élections, ne voulait prendre aucun risque ni même reprocher à Israël de violer le droit international quand cela s'est produit, à une administration entrante dont je ne peux dire quelle sera l'orientation mais qui conduira sans doute à une évolution de la situation.
Je crois que personne n'a intérêt à s'écarter de la perspective, aujourd'hui soutenue par l'immense majorité dans la communauté internationale, à savoir la solution à deux Etats, en ce qui concerne Israël et la Palestine. À nous de faire en sorte que cette vision, qui est la nôtre et celle de la majorité des pays européens, soit bien prise en compte par la nouvelle administration américaine dans ses échanges avec Israël. Un cessez-le-feu décidé unilatéralement par les uns ne vaudrait pas, en effet, condition d'une paix juste et durable pour l'ensemble de la région.
Il existe ainsi peut-être des opportunités dans le nouveau chapitre qui s'ouvre aux Etats-Unis, après celui d'une administration finissante, tétanisée à l'idée de prendre le moindre risque en matière de politique étrangère et dont l'action ne restera pas dans les annales de l'avancée vers la paix au Proche et au Moyen-Orient.
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R - Concernant le point que vous soulevez, Monsieur Cadalen, la CIJ n'a pas arbitré. Elle n'a pas décidé de juger qu'Israël s'était rendu coupable de génocide. En revanche, il est vrai qu'elle a pris des mesures conservatoires - le format de réponse de deux minutes lors des questions au gouvernement ne permet pas toujours de donner des réponses détaillées et exhaustives. Dans son ordonnance, la CIJ a appelé Israël à mettre en oeuvre des mesures. Israël, ne s'étant pas conformé à cette décision, se met une nouvelle fois en situation de violation manifeste du droit international et du droit international humanitaire.
Madame Tanguy, je le répète, notre approche pour soutenir le Liban passe par tous les canaux que nous avons à notre disposition, notamment la mobilisation de notre poste, qui est le principal au Proche et au Moyen-Orient. Il compte plusieurs centaines d'agents qui, depuis le début de la guerre et, singulièrement, depuis le début de l'offensive israélienne terrestre au Liban, vivent dans une situation de très grande inquiétude. Certains doivent ainsi traverser des zones bombardées pour aller de leur domicile à l'ambassade. D'autres, qui ont des enfants en âge d'aller à l'école, se trouvent obligés de jongler entre le travail et la maison et de trouver de l'aide pour garder leurs enfants ou faire en sorte qu'ils puissent suivre à distance les cours, les établissements scolaires étant fermés. Comme vous le savez, les agents de nos postes diplomatiques se consacrent corps et âme à ce métier, qui est pour eux une vocation, et continuent à exercer leur métier. Je pense notamment à ceux qui se sont portés volontaires à la cellule d'appel, mise en place pour répondre aux questions de nos ressortissants au Liban. Plus généralement, nous allons veiller à ce que les engagements pris lors de la conférence du 24 octobre soient bien suivis d'effet pour l'ensemble de la population libanaise./.
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