Une majorité introuvable, une assemblée fragmentée, des partis incapables de s’entendre, un budget 2026 otage des intérêts politiques, un exécutif sous la menace d’une motion de censure : non, il ne s’agit pas de la France, mais de l’Union européenne, où, depuis les élections de 2024 et l’émiettement du bloc central au sein du Parlement, les difficultés s’accumulent pour Ursula von der Leyen. Critiquée de toute part depuis le début de son deuxième mandat, la présidente de la Commission européenne semble pourtant avoir mis (un peu) d’eau dans son vin, acceptant ces derniers jours des concessions salutaires. Une attitude conciliante qui a déjà permis de remettre l’Europe sur de bons rails.

C’est ainsi que le budget 2026 devrait enfin être adopté le 24 novembre, avec de vraies avancées sur la compétitivité, l’énergie ou la capacité de faire face aux tensions géopolitiques. Quant aux textes issus du Pacte Vert, ils ont été largement vidés de leur substance bureaucratique, de quoi soulager des chefs d’entreprise inquiets par l’ampleur des usines à gaz imaginées par les eurocrates. Dommage que les partis centristes n’aient pas réussi à s’entendre pour saluer ce pragmatisme bruxellois, contraignant l’exécutif européen à une faute de carre politique, en fermant les yeux sur une alliance entre l’extrême droite et la droite au Parlement européen pour valider la révision des textes environnementaux.

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Sur le fond, l’Europe bouge, et c’est une bonne nouvelle, comme si, avec beaucoup de retard, les avertissements lancés par Mario Draghi dans son rapport devenaient enfin audibles. La preuve par le budget 2026, avec une progression des dépenses "marché unique, innovation et numérique" de 14 %. Si les chefs d’Etat se sont montrés grippe-sous, dans des contextes budgétaires nationaux contraints, le Parlement européen a réussi à débloquer des dizaines de millions supplémentaires pour la recherche, les infrastructures de transport, ou le programme Erasmus. Des petites enveloppes certes, mais qui vont dans le bon sens pour relancer une Europe à la traîne en termes de productivité. Peut-on aller plus vite ? Le risque, en bouleversant les fragiles équilibres politico-économiques au sein des 27, serait de heurter les intérêts de certains États et surtout de creuser le fossé entre Bruxelles et les 450 millions d’Européens.

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L’extrême droite, déjà aux portes du pouvoir, souffle sur les braises. "Plusieurs sujets alimentent le Rassemblement national pour justifier une rhétorique très antisystème et combattre ce qu’essaie de faire la Commission européenne", relève Mathieu Gallard, directeur d’études chez Ipsos BVA. Sur la corde raide, Ursula von der Leyen avance précautionneusement. Une fois bouclé le budget 2026, elle va poursuivre les négociations financières pour la période 2028-2034. Un Himalaya budgétaire, comme dirait François Bayrou, mais aussi un formidable levier pour provoquer un nouveau déclic. De quoi redonner de la lumière à celle que l’historien Fernand Braudel qualifiait de "civilisation européenne".

NB : Nous adressons toutes nos félicitations à l’écrivain Louis-Henri de La Rochefoucauld, lauréat du prix Interallié 2025 pour son roman "L’Amour moderne" (Robert Laffont). Retrouvez chaque semaine sa plume aussi mordante que brillante dans L’Express !