Le Monde - Le 19 Novembre 2025
Le Conseil de sécurité de l’ONU entérine le plan Trump sur Gaza
La résolution américaine visant à garantir la permanence
du cessez-le-feu dans l’enclave palestinienne a été adoptée lundi.
La référence à un futur Etat palestinien reste vague, lointaine et
symbolique.
Elle aura suffi à provoquer la fureur d’Israël et à emporter les voix
d’une majorité du Conseil de sécurité des nations unies (ONU).
Lundi 17 novembre, treize votes favorables ont été recueillis pour
adopter la proposition américaine visant à enclencher la deuxième
phase du plan de paix de Donald Trump dans la bande de Gaza afin
de garantir la permanence du cessez-le-feu dans l’enclave
palestinienne.
La Russie et la Chine se sont abstenues.
« L’une des plus grandes approbations de l’histoire des Nations
unies » et « un moment aux proportions véritablement historiques »,
s’est aussitôt enflammé le président américain, prêt à présider le
« Comité de la paix », un organe qui aura mandat, jusqu’au
31 décembre 2027, pour gérer l’« administration de transition »
de Gaza jusqu’à ce que l’Autorité palestinienne (AP) mène à bien
les réformes nécessaires.
L’allusion à un futur Etat palestinien a irrité les membres les plus extrêmes du gouvernement israélien
Cette résolution de l’ONU évoque « un chemin crédible vers une
autodétermination et un statut d’Etat palestiniens » et mentionne un
"dialogue entre Israël et les Palestiniens pour s’entendre sur un
horizon politique de coexistence pacifique et prospère ». Une
allusion très vaporeuse à un futurEtat palestinien, mais suffisante
pour irriter les membres les plus extrêmes du gouvernement
israélien.
« S’ils accélèrent la reconnaissance de cet Etat fabriqué, si l’ONU le
reconnaît, vous (…) devez ordonner des assassinats ciblés de hauts
responsables de l’Autorité palestinienne, qui sont des terroristes à
tous les égards [et] ordonner l’arrestation d’Abou Mazen, [le sur
nom de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité] », avait déclaré,
peu avant le vote, le ministre israélien de la sécurité intérieure,
Itamar Ben Gvir (extrême droite), en apostrophant Benyamin
Nétanyahou.
Dimanche, le premier ministre de l’Etat hébreu avait rappelé
son « opposition à un Etat palestinien sur quelque territoire que ce
soit ». Mais mardi, dans la matinée, Benyamin Netanyahou félicitait
sur X Donald Trump et « son équipe dévouée et infatigable »
pour leurs efforts diplomatiques.
Par ce vote, l’ONU valide le plan en 20 points de Donald Trump,
critiqué pour ses imprécisions et les faibles exigences demandées à
Israël. La montée en puissance de la force de stabilisation
internationale (FSI), qui pourrait être composée de troupes venues
d’Egypte, d’Indonésie, d’Azerbaïdjan et du Pakistan – la Turquie est
volontaire mais l’Etat hébreu s’y oppose compte tenu des liens
d’Ankara avec le Hamas – sera progressive et doit conduire au
retrait graduel des forces israéliennes de la bande de Gaza, précise le
texte, sans toutefois donner de calendrier. Evaluée entre 20 000 et
30 000 hommes, la FSI sera mise en place « le plus tôt possible,
dans les semaines à venir », plaide un diplomate, qui s’inquiète de
voir l’organisation islamiste reprendre peu à peu le contrôle de
l’enclave.
La Cisjordanie peu à peu annexée
Le texte présenté lundi était une version légèrement amendée
d’un projet soumis par les EtatsUnis le 5 novembre, où il n’était
nulle part fait mention d’un Etat palestinien. Les équipes
américaines, d’abord hostiles à toute modification de leur projet
de résolution, se sont convaincues de la nécessité d’engager des
concertations avec les quatorze autres membres
du Conseil de sécurité de l’ONU, dont l’Algérie, en constatant que le
texte initial n’aurait aucune chance d’être adopté.
Le 13 novembre, Moscou avait fait circuler un projet concurrent
intégrant explicitement « l’engagement inébranlable à une vision
d’une solution à deux Etats », soulignant l’importance de l’unité
teritoriale de l’Etat palestinien, de la bande de Gaza à la Cisjordanie.
Les Américains ont entendu une partie des requêtes des pays
arabes et musulmans, acteurs clés du plan de paix. Sans doute, la
visite de prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, mardi
18 novembre à la Maison Blanche, a-t-elle incité Donald Trump à se
montrer attentif aux exigences de Riyad pour ne pas compromet
tre la kyrielle d’accords convoités.
« Les pays arabes et musulmans ne veulent pas être perçus comme
complices d’une architecture d’occupation qui n’offre aucune
perspective crédible de solution à deux Etats », signale une
diplomate experte des pays du Golfe. Sans un soutien régional, le
plan américain était voué à l’échec.
Le texte final, soutenu par le Qatar, l’Egypte, les Emirats arabes
unis, l’Arabie saoudite, l’Indonésie, le Pakistan, la Jordanie et la
Turquie, saluant les « efforts sincères » de Donald Trump pour faire
avancer la paix dans la région, a également été approuvé par la
France, qui salue la « dynamique politique » à l’œuvre, en dépit des
grandes réserves de Paris qui, jusqu’aux dernières heures,
hésitait à s’abstenir.
La résolution ne fait pas cas de la Cisjordanie, peu à peu annexée
par les colons israéliens. « Washington a fait des concessions
symboliques, tout en conservant les éléments essentiels du plan
Trump », constate Daniel Forti, analyste spécialiste de l’ONU à
l’International Crisis Group. « Les Etats arabes ont globalement ma
nifesté leur soutien à la résolution [de Washington], même s’ils sont
préoccupés par plusieurs de ses dispositions. Malgré ses imperfec
tions, le plan américain est la seule initiative diplomatique ayant con
traint Israël à réduire son offensive contre Gaza », résume-t-il.
Claire Gatinois
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