Union européenne - Liban : déclaration de M. Josep Borrell, haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, au nom de l'Union européenne, sur la situation dans le pays (Bruxelles, 30/07/2022)
L'Union européenne et ses Etats membres demeurent extrêmement préoccupés par la grave crise socio-économique au Liban et son incidence sur l'ensemble des populations vulnérables du pays. La monnaie nationale a perdu la quasi-totalité de sa valeur d'avant la crise, quatre personnes sur cinq vivent désormais dans la pauvreté et l'électricité n'est disponible qu'occasionnellement. Cette situation a été aggravée par la pandémie de COVID-19 et par la crise alimentaire et énergétique causée par l'agression russe contre l'Ukraine.
Si certaines évolutions positives sont à constater, notamment la signature d'un accord au niveau technique avec le Fonds monétaire international (FMI) le 7 avril et la tenue en temps utile d'élections législatives le 15 mai, les autorités libanaises doivent encore relever de nombreux défis pour sortir de cette crise sans précédent. La mise en oeuvre de réformes attendues de longue date en matière d'économie et de gouvernance, dans le cadre d'un programme du FMI à part entière, doit constituer la priorité absolue. Un tel programme représente la seule solution viable et crédible pour aider le Liban à stabiliser son économie, rétablir la confiance et fournir au pays l'assistance dont il a besoin pour s'engager enfin sur la voie de la reprise et de la croissance. La mise en oeuvre d'un tel programme requiert l'adoption rapide par les autorités libanaises compétentes des actions nécessaires recensées dans l'accord au niveau technique conclu le 7 avril.
Après les élections législatives le 15 mai et la nomination de Najib Mikati comme Premier ministre désigné le 23 juin, il est maintenant impératif qu'un gouvernement soit formé. Le parlement, le président et le nouveau gouvernement doivent prendre les décisions nécessaires pour lutter contre la crise sans précédent que connaît le pays. Il est également essentiel de se tenir au calendrier constitutionnel en ce qui concerne l'organisation de l'élection présidentielle et des élections municipales qui la suivront.
L'UE est fermement résolue à continuer d'encourager et d'aider le Liban à prendre les mesures nécessaires pour sortir de la crise. Le 26 juillet, le Conseil a adopté la décision prolongeant d'un an le cadre de mesures restrictives ciblées destiné à faire face à la situation au Liban. Ce cadre prévoit la possibilité d'instituer des sanctions individuelles (interdiction de pénétrer sur le territoire de l'UE et gel des avoirs) à l'encontre de personnes et d'entités ayant porté atteinte à la démocratie ou à l'état de droit au Liban en entravant de manière persistante la formation d'un gouvernement ou en portant gravement atteinte à la tenue d'élections, en portant atteinte à la mise en oeuvre des réformes économiques essentielles, ou ayant commis des manquements financiers graves, notamment la corruption. La situation au Liban fait l'objet d'un suivi constant. La décision de prolonger le cadre vise à prévenir les risques liés à toute nouvelle détérioration de la situation et à trouver un moyen de sortir de la crise.
L'UE et ses Etats membres rappellent également que, le 4 août, deux ans se seront écoulés depuis l'explosion dévastatrice survenue dans le port de Beyrouth qui a coûté la vie à plus de 220 personnes. Dans un souci de justice et de responsabilité, les autorités libanaises doivent désormais permettre que l'enquête sur cette tragédie, qui a été entravée et retardée à de multiples reprises, reprenne et produise des résultats, sans la perturber.
Les autorités libanaises et la communauté internationale doivent continuer de coopérer sur la question complexe et délicate des réfugiés syriens au Liban. L'UE et ses Etats membres saluent la générosité du Liban, mais invitent les autorités libanaises à se garder de tout discours porteur de division et à agir de manière constructive sur cette question. Ils rappellent leur position selon laquelle le droit humanitaire international et le principe de non-refoulement défini par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) doivent être respectés. L'UE et ses Etats membres poursuivront leurs efforts visant à lutter contre les causes sous-jacentes de la crise des réfugiés et des personnes déplacées conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, de manière à permettre aux réfugiés syriens de rentrer volontairement dans leur pays, de manière sûre et digne, dans le respect des normes du HCR. Les conditions d'un retour sûr, volontaire et digne des réfugiés et des personnes déplacées, y compris des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays (PDI), ne sont toujours pas remplies en Syrie. Il incombe donc au régime syrien d'agir en ce sens pour créer ces conditions.
L'UE et ses Etats membres se félicitent des discussions entre le Liban et Israël quant à la délimitation de leur frontière maritime. Un règlement négocié contribuerait à la stabilité et à la prospérité de la région. Nous encourageons les parties à dialoguer de manière constructive et de bonne foi.
L'UE et ses Etats membres demeurent déterminés à continuer d'aider le Liban dans cette épreuve. Depuis 2011, l'UE a fourni un soutien à hauteur d'environ 2 milliards d'euros, dont plus d'un milliard d'euros spécifiquement consacrés à lutter contre les effets de la crise syrienne au Liban, soutenant les réfugiés syriens et les citoyens libanais vulnérables. L'UE a récemment renforcé ses engagements dans le pays, mobilisant des financements humanitaires supplémentaires à hauteur de 20 millions d'euros ainsi que 25 millions d'euros aux fins de la sécurité alimentaire et de la résilience. Nous encourageons les autres partenaires de la communauté internationale partageant les mêmes valeurs à coopérer de manière constructive et à aider le Liban à sortir de sa crise. Il est cependant essentiel que les dirigeants libanais donnent la priorité à l'intérêt supérieur des Libanais et mènent à bien les réformes nécessaires, et ce, de toute urgence./.
(Source : site Internet du Conseil de l'Union européenne)
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