LE TEMPS
A la COP 28, le moment de vérité pour les énergies fossiles
ÉDITORIAL. Les représentants des Etats rassemblés à Dubaï vont-ils oui ou non s’engager à renoncer au pétrole, au charbon et au gaz? A Dubaï, les négociations sur ce sujet semblent avoir atteint un point de non-retour
Pascaline Minet
Publié le 10 décembre 2023 à 16:56. / Modifié le 10 décembre 2023 à 17:15.
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Combien de temps peut-on éviter de regarder un problème en face? La COP28 de Dubaï est la première du genre à aborder frontalement la question des énergies fossiles et de leur rôle dans le réchauffement. Un thème qui a été soigneusement éludé lors des 27 éditions précédentes de la grand-messe onusienne du climat. Le gaz, le charbon et le pétrole sont pourtant à l’origine de 90% des émissions anthropiques de gaz à effet de serre.
Mais en 2023, alors que les températures globales atteignent de nouveaux extrêmes, le monde ne peut plus détourner le regard, surtout alors que la COP se tient dans une pétromonarchie. Les délégués rassemblés aux Emirats arabes unis le savent. A quelques heures de la clôture officielle de la conférence, attendue mardi, ils se sont engagés dans un bras de fer pour décider s’ils doivent, oui ou non, renoncer aux combustibles fossiles.
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Dans cette situation de tension extrême, les pétroliers, charbonniers et gaziers font feu de tout bois pour défendre leurs intérêts. La COP28 accueille un nombre record de 2500 lobbyistes des énergies fossiles, selon les ONG. Comme si cela ne suffisait pas, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) s’est fendue cette semaine d’un courrier enjoignant à ses membres de «rejeter proactivement» tout accord ciblant ces énergies.
L’Arabie saoudite, en particulier, est accusée de faire obstruction, mais d’autres pays, comme l’Inde – qui dépend largement du charbon pour sa production d’électricité –, se méfient d’un accord qui signerait l’arrêt de mort des combustibles fossiles. En face, les représentants des pays vulnérables et de certains Etats européens réclament des mesures fortes et s’offusquent des manœuvres en cours, à l’image de la ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, qui a qualifié de «répugnante» la demande de l’OPEP.
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«L’échec n’est pas une option», a martelé dimanche le président de la COP28, Sultan al-Jaber, demandant aux Etats de dépasser leurs désaccords. Il paraît en effet inconcevable que l’accord issu de la conférence fasse l’impasse sur les énergies fossiles. Cela remettrait en question le succès de la COP28, malgré les avancées qu’elle a apportées, notamment sur la reconnaissance des préjudices subis par les pays plus vulnérables. Cela signalerait aussi l’échec patent des négociations internationales sur le climat, et donc l’incapacité de l’humanité à agir collectivement pour éviter les conséquences les plus désastreuses du dérèglement climatique.
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