Coup d’Etat au Niger : une nouvelle défaite de la guerre contre le terrorisme
ÉDITORIAL
Le Monde
La réponse principalement militaire aux particularismes du djihadisme sahélien auxquels s’est heurtée l’armée française s’est révélée inefficace.Publié aujourd’hui à 10h30, modifié à 11h32 Temps deLecture 2 min.
Un faisceau de causes se nourrissant les unes les autres est à la source de la remise en question de la présence de la France au Niger précipitée par le coup de force d’une garde prétorienne contre un président élu. Il n’en demeure pas moins que cette remise en question peut être analysée comme la dernière défaite en date de la « guerre contre le terrorisme », comme l’inefficacité d’une réponse principalement militaire aux particularismes du djihadisme sahélien auxquels s’est heurtée l’armée française.
Le succès dont cette dernière avait pu se prévaloir initialement au Mali avec l’opération « Serval » en bloquant une avancée de miliciens en direction de Bamako a été de courte durée, même s’il avait alors considérablement rehaussé le prestige de la France à Washington. La coïncidence avec ce qui était au même instant en jeu entre l’Irak et la Syrie, à savoir une résurgence djihadiste qui allait finalement être emportée par l’hubris étatique d’Abou Bakr Al-Baghdadi (le chef de l’organisation Etat islamique tué par les forces spéciales américaines en 2019), n’a pu que leurrer. Face à d’autres adversaires et à d’autres logiques dans un territoire gigantesque pour l’ancienne puissance coloniale, l’enlisement s’est installé.
Les militaires français ont pu vérifier, après bien d’autres, que les décimations régulières de combattants étaient incapables de briser les ressorts complexes qui expliquent la résilience des groupes armés, surmotivés par l’engagement français, et l’échec de l’opération « Barkhane ». Cette résilience a nourri tout d’abord la frustration puis la colère d’une partie de la population du Mali face à la permanence de l’insécurité. Elle a été imputée principalement à la France, assez injustement, quand elle n’a pas alimenté des théories du complot dans lesquelles Paris aurait entretenu des liens intéressés avec ces mêmes groupes.
Un temps de retard
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le rejet s’est étendu ensuite au Burkina Faso. La poursuite de la coopération militaire pourtant plus respectueuse, au moins en apparence, de la souveraineté de Niamey est désormais en question au Niger.
Cette situation est devenue d’autant plus périlleuse pour Paris, désormais paré commodément de tous les maux, que les déploiements militaires ont constitué au cours des dernières années le principal engagement français en Afrique si on se fie à la modestie des échanges commerciaux au-delà des fantasmes sur un supposé pillage néocolonial. La formule révélatrice du ministre de la défense, Sébastien Lecornu, en novembre 2022, selon laquelle « l’Afrique faisait partie de notre profondeur stratégique » en a attesté.
L’échec militaire français face au djihadisme sahélien précipite sous nos yeux une répudiation de la France dans une course où Paris semble avoir toujours un temps de retard. Le choix du Niger pour repositionner les troupes évacuées du Mali, les limites du renseignement qui n’a pas permis d’anticiper le coup de force à Niamey le soulignent cruellement.
Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Coup d’Etat au Niger : « Lorsque les putschistes agitent le sentiment antifrançais au Sahel, ils empêchent de penser les vraies erreurs de la France »
Ajouter à vos sélections
Cette fragilisation rend encore plus intenables les contradictions de la France, qui se montre soucieuse d’ordre constitutionnel ici, quand elle s’accommode d’arrangements grossiers là. Née d’un échec sécuritaire, cette remise en question est profonde et la France semble éprouver les pires difficultés pour entrer dans l’histoire qui s’écrit aujourd’hui sur une partie du continent africain. L’urgence est pourtant manifeste.
Le Monde
Contribuer
No comments:
Post a Comment